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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 17:02

Dans son dernier ouvrage, "Le triomphe de la cupidité", le prix Nobel d'économie, Joseph E. STIGLITZ, présente une analyse pertinente de la crise financière actuelle. Il met particulièrement en cause le "fondamentalisme du marché" et le "mythe pervers de l'autorégulation".

 

Il propose des pistes pour en sortir, autrement plus radicales que ce que les gouvernements ont mis en oeuvre. En particulier, il prône une re-régulation des activités financières et un renforcement du rôle des états.

 

Ses propositions sont pertinentes, mais vont-elles assez loin ?

 

La finance domine de plus en plus l'économie, mais l'objectif des détenteurs de capitaux et de ceux qui les gèrent sont-ils compatibles avec  l'intérêt général ?

 

En préambule, il convient de rappeler ce que devrait être une banque de dépôt. C'est d'ailleurs ce qu'elle était depuis que Roosevelt, après la crise de 1929, avait séparé banque de dépôt et banque d'affaires. Mais la dérégulation Reagan/Thatcher est passée par là.

 

Le rôle d'une banque est de fournir des moyens de paiement aux agents économiques (ménages, entreprises, états, collectivités locales, etc), de les aider à gérer leur épargne et de leur octroyer des prêts.

 

La dérégulation a tout changé. En abolissant les frontières entre banque de dépôt et banque d'affaires, elle a amené les premières à exercer des métiers qui n'étaient pas les leurs. Cette déréglementation, qui a fait l'objet d'une pensée  presque-unique dans le milieu politico-médiatico-financier, a fait tâche d'huile dans le monde entier.

 

C'est ainsi que l'on a pu voir notre Ecureuil aller jouer ses noisettes (et même ses futures et aléatoires récoltes) sur des marchés hyper-spéculatifs.

 

La spéculation est certes inhérente à l'économie de marché. Elle permet d'anticiper sur des variations futures du prix de certains actifs (monnaies, dettes, matières premières, produits agricoles, actions, etc). Mais, est-ce bien le rôle d'une banque de dépôt d'intervenir sur ces marchés ? Ma réponse est clairement NON ! A chacun son métier.

 

L'invention de produits financiers de plus en plus sophistiqués (on se demande si leurs créateurs les comprennent eux-mêmes...) ont permis aux banques d'avoir l'illusion qu'elles tranféraient leurs risques à d'autres. C'est cet aveuglement qui a poussé les banques, américaines en particulier, à prêter à tour de bras à des ménages non solvables.

 

Mais ce transfert de risques (titrisation) se faisait vers qui ? Tout simplement, vers d'autres banques ou les épargnants clients de ces dernières. Comme toutes les banques font la même chose, chacune transférait ses risques à d'autres, mais assumait les risques transférés par ses consoeurs !

 

Toutes étaient, bien entendu, incapables de mesurer les risques pris puisque ce n'était pas elles-mêmes qui avaient monté les dossiers de prêt !

 

Ont-elles compris la leçon ?

 

Là encore, la réponse est clairement NON. Tout continue comme avant avec la bénédiction des gouvernements. Il est vrai que le lobby de la finance est puissant et que les "conseillers" des ministres savent que leur fonction actuelle est éphémère et qu'il convient de ne pas mordre la main qui, plus tard, peut-être, les nourrira...

 

Quelles solutions ?

 

Outre la remise en place d'une régulation, si possible au niveau international, sous le contrôle des états, il faut peut-être aller plus loin.

 

Les actionnaires des banques veulent des profits à court terme, les dirigeants aussi, puisque leurs bonus sont indexés sur ces derniers. L'économie, quant à elle, a besoin d'une vision à long terme, surtout s'il s'agit d'investissements.

 

Alors, pourquoi pas, en France au moins, procéder à la nationalisation du secteur bancaire ?

 

Attention, il ne s'agit pas de faire comme en  1981, c'est-à-dire remplacer le capital privé par le capital public et laisser faire les dirigeants à leur guise. On a vu ce que cela a donné avec le Crédit Lyonnais !

 

Il s'agit, pour la Nation, de prendre le contrôle des banques et de les remettre dans le droit chemin, c'est-à-dire les cantonner dans leurs fonctions traditionnelles (moyens de paiement, gestion de l'épargne, prêts) au service de l'économie et de l'intérêt général;

 

Bien entendu, cela nécessite de changer la mentalité des dirigeants et de ceux qui contrôlent leurs actes. Pour cela, il conviendra de revoir le mode de recrutement des cadres dirigeants. Le fait d'être Inspecteur des Finances n'est pas une référence en  soi...

 

Cela nécessite aussi de se séparer des activités qui n'ont pas de rapport avec la mission (spéculation pour compte propre, par exemple).

 

Il va y avoir des élections en 2012. Il serait bon que l'opposition actuelle et, en particulier, le Parti Socialiste, se penche sur la question dès maintenant pour soumettre ses propositions au Peuple souverain.

 

Merci de participer au débat.

 

 

 

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Alban Lefebvre 23/08/2010 17:48


Pour diverses raisons, cher blogueur, nous connaissons tous les deux (à divers niveaux bien entendu) le monde de la banque. Toi pour y avoir fait carrière, moi pour avoir refondus quelques-uns de
leurs systèmes d'informations durant 5 ans.

Si nous y avons tous les deux acquis la certitude que le rôle d'une banque ne peut qu'être que le noyau central de nos économies de marché, nous y avons vu aussi de près les dérives commerciales et
les abus de position dominante.
Depuis quelques années maintenant nous constatons que, sur le dos des ménages et des PME (les grandes entreprises participant elles-mêmes aux dérives financières bien souvent), les banques de dépôt
jouent à un jeu qui leur échappent mais qui 9 fois sur 10 leur rapporte beaucoup d'argent.
Le hic, c'est que lorsque la roue de la fortune s'arrête sur la 10ème case, c'est le contributeur et l'épargnant qui trinquera à la place de la banque, c'est à dire le citoyen lambda et les PME
(augmentations des tarifs, restrictions des crédits, mise sous pression des personnes en difficultés et aussi dur à encaisser, renflouement par l'état des bilans de la banque).

Alors certes, et sans que cette demande n'ait de connotation gauchisante, nationalisons les banques ! Rendons ce service publique, au service des ménages et des entrepreneurs et dégageons des
bénéfices honnêtes et pour l'état !

Toutefois, trois questions me taraudent :

* Premièrement quel serait le coût d'une telle nationalisation et nos finances publiques actuelles le permettraient-elles ?

* Deuxièmement, n'a-t-on pas un risque de blocage via une quelconque institution européenne ou autre en arguant du droit tout puissant à la libre entreprise, à la propriété privée et au droit divin
du Marché guidée par la « main invisible » chère à Adam Smith ?

* Troisièmement et pour finir, quelle serait l'impact sur notre économie de ne plus avoir de grandes banques de niveau mondial ? Les banques françaises nationalisées pourraient-elles de la même
façon servir de partenaire à nos grandes entreprises ?

Enfin, et pour revenir sur le préambule demandant à alimenter les réflexions pré-campagne 2012, il serait effectivement intéressant de voir comment les grands partis se positionnent sur ce
sujet.

Alban


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